Le travail en pleine mutation : Relation au temps et rémunération.

Pour commencer toute recherche sur le travail on peut citer l’habituelle étymologie. Comme vous le savez déjà, le travail vient du latin « Trepalium ». On y associe une notion de tourment psychologique et de souffrance physique. Pas très joyeux tout ça.

Le travail : source de rémunération horaire ?

Grâce au taylorisme et au fordisme nous avons divisé les tâches pour spécialiser les mouvements de chaque opérateur. Ainsi notre société a fait un bon en avant dans la productivité et le développement technique. Chouette ! Nos hommes politiques viennent ensuite nous parler de la semaine de 35 heures et autres « Travailler plus pour gagner plus ». On parle même de la semaine de 15 heures. Très bien. Mais est-ce que cette corrélation temps-travail-récompense résonne vraiment en nous ?

Commençons par analyser le travail de Daniel Pink dans son livre « La vérité sur ce qui nous motive ». Il détache 3 types de motivations :

  1. La survie animale
  2. Récompenses et Sanctions. Le bâton et la carotte. C’est la méthode utilisée quand on rémunère une tâche à son temps passé. Cette méthode est utile pour des tâches mécaniques et inintéressantes.
  3. Intrinsèque. C’est la motivation qui a besoin de sens. On est capable de travailler sans récompense externe, financière. Nous le faisons simplement pour le sens que l’on donne à cette tâche. On prend plaisir à résoudre des problèmes.

Les facteurs de motivation doivent s’adapter au type de tâches réalisée.
Une tâche est-elle mécanique, cognitive, intéressante ? La rémunération conditionnelle n’est intéressante que dans le cas d’une tâche mécanique et inintéressante. Fort heureusement, nous avons des nouvelles technologies qui nous permettent de plus en plus d’automatiser ces tâches là. Ainsi nous seront libérés des tâches nécessitant une récompense pour être réalisées correctement. Nous pourrons nous concentrer sur les tâches intéressantes.

On rejoint ici ce que l’on disait dans l’article précédent sur l’impact du stress dans la résolution de problèmes. Si l’on met le salarié en condition de stress social (par exemple, il doit trouver une solution avant les autres pour être rémunéré), son cerveau est moins disposé à trouvé la solution. Alors que si l’on enlève le facteur de stress social, la partie adaptative de son mécanisme mental est capable de trouver la réponse. Ainsi pour les tâches cognitives il devient important de ne plus corréler le temps passé et le résultat à la rémunération. C’est là que le Revenu Universel devient intéressant.

La contribution est plus importante que le temps passé

Le sociologue Michael Dandrieux décortique la relation de l’Homme au travail. Il parle de l’habitabilité du travail, de l’habitabilité de la tâche. L’arrivée des start-up et leurs technologies cloud collaboratif transforme le rapport au travail. Le télétravail devient naturel grâce au outils de travail à distance. On ne peut plus contrôler le temps passé sur chaque tâche. Les américains parlent de personnes »task oriented » en entretient d’embauche. On invite les collaborateurs à venir dans une tâche. La tâche étant représentée par un tableau de bord collaboratif, une réunion en visioconférence ou un document partagé. Ce n’est plus le temps qu’il passe dans la tâche, mais le contenu qu’il y laisse qui est important : sa contribution.

« Will you fork me if I commit ? » Github

Une tâche n’est plus vue sous une forme linéaire, comme dans une charte de Gantt. On voit maintenant les choses sous forme de réseau. Pour être aboutie, une tâche a besoin de naître d’une idée, d’être enrichie et corrigée par différents acteurs. Elle est un plateau central qui rassemble plusieurs collaborateurs. La richesse de son contenu n’est pas corrélée au temps passé mais aux contributions apportées par chacun.

Une tâche portée par une envie est réalisée beaucoup plus rapidement que si l’on doit la faire à contre coeur. Travailler par obligation ralentit l’aboutissement du travail. C’est sûrement ce qui explique que les startupers sont capable de travailler jour et nuit sur un nouveau projet sans être rémunérés. Ils sont portés par l’envie de construire un projet excitant dans lequel ils croient. La motivation de construire une société prometteuse les poussent à travailler plus, mieux et plus vite pour moins d’argent.

Pour quelle raison travaillons nous ?

Toujours d’après Michael Dandrieux, la raison profonde pour laquelle on travaille, c’est pour entrer en relation avec des personnes. C’est un prétexte pour être ensemble. En fait, le travail est une construction sociale. Enfin, nous sommes acteurs de ce que nous mettons dans le terme « Travail ». Même quand nous n’avons pas besoin de travailler par des facteurs externes, nous le faisons. Nous avons un besoin interne de réaliser une action nous permettant de nous sentir utile.

Les 3 ingrédients pour un travail heureux

  • Le premier ingrédient est l’autonomie dans la tâche à réaliser.
  • Ensuite on a besoin de la maîtrise de cette tâche dans notre panel de compétences.
  • Pour finir, on cherche dans notre travail l’identification au but de la mission. On a besoin de souhaiter participer à ce projet qui nous dépasse.

Le travail se transforme

En conclusion, le travail est en pleine mutation lui aussi. Le travail évoluent vers des tâches moins mécaniques et plus intéressantes. Nous nous dirigeons vers la résolution de problèmes. C’est là que l’humain a de la valeur et non plus dans la production répétitive. Le rapport au travail se transforme lui aussi. Nous passons de la tâche relative au temps passé à la valeur de la contribution. Finalement, le système de rémunération est à repenser. Et c’est  ce qui est en train de se passer, en particulier avec le débat sur le revenu de base.

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